La Minière de Rougé et les huit heures
A l’été 1919, le syndicat des mineurs de La Minière de Rougé, modeste commune du nord de la Loire-Atlantique, prend la plume. Son objectif : négocier l’application de la toute nouvelle loi sur les huit heures…
Le vote de la loi sur les huit heures de travail quotidien a fait couler beaucoup d’encre. Quand certains y ont vu de suite une avancée sociale majeure, d’autres l’ont considérée comme une loi de circonstances.
Le contexte en effet était particulier : les élites politiques et patronales avaient peur que la contagion révolutionnaire partie de Russie n’envahisse l’Europe, l’acquittement de Raoul Villain (l’assassin de Jaurès) choquait le prolétariat, et la manifestation du 1er mai s’annonçait émeutière ; les élites savaient également que la direction confédérale de la CGT, aux mains des réformistes, pourrait être mise en difficulté en cas de crise politique et sociale. Faire voter une loi relative aux huit heures, vieille revendication ouvrière, couperait ainsi l’herbe sous le pied des révolutionnaires. Le patronat y était tout disposé, mais y mettait un bémol : oui aux huit heures… mais sans conséquence fâcheuse pour la productivité.
En avril 1919, la loi est donc votée mais, au grand dam du gouvernement, le défilé du 1er mai, qu’il désirait paisible, vire à l’émeute. Les temps sont révolutionnaires…
A Rougé, petit bourg du nord de la Loire-Atlantique, on n’en est pas là. Le syndicat des mineurs, dont on ne connaît pas l’obédience, fait entendre sa revendication le 3 juillet : huit heures de présence par jour, pause casse-croûte d’une demi-heure incluse, soit 7 heures 30 de travail effectif par jour. Quatre jours plus tard, la direction écrit au sous-préfet. Elle veut recueillir son avis avant de faire part aux ouvriers de sa contre-proposition : huit heures de travail par jour avec une pause non inclue de 1 heure 30 pour le repas. Elle justifie sa proposition comme suit : « Il est préférable de répartir l'effort de l'ouvrier sur un espace plus long, sans atteindre toutefois la période de loisirs à laquelle il paraît particulièrement tenir mais qui a beaucoup moins d'intérêt pour les ouvriers habitant un endroit comme Rougé. »
Comment s’est passée la négociation ? Nous ne le savons pas, mais un courrier de la direction au sous-préfet nous apprend deux choses. Tout d’abord que le sous-préfet a donné un avis favorable à la contre-proposition patronale. Ensuite, qu’un compromis a été trouvé le 21 juillet : les ouvriers travailleront 8 heures par jour, et la pause méridienne sera réduite à 1 heure, ce qui les libèrera à 15h30, ce qui peut intéresser ces mineurs que nous subodorons cultivateurs par ailleurs. Quant au prix de la journée de travail, il restera le même… à condition que la productivité soit au rendez-vous.
Source
Archives départementales de Loire-Atlantique (2 Z 203).
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Article publié le 1er janvier 2026.

