Nantes 1880, ouvriers et réactionnaires

Nantes, 1880 : les ouvriers et les réactionnaires

En mars 1880, deux décrets s’en prennent aux puissantes congrégations religieuses. Si elles refusent de se faire enregistrer, elles seront dissoutes, tout simplement. Inévitablement, la politique anticléricale du gouvernement républicain provoque des troubles, notamment dans l’Ouest.

A Nantes, le commissaire spécial, fervent républicain, prend la plume et rédige un rapport destiné au préfet. Il veut documenter la puissance des cercles catholiques nantais, notamment ceux qui se disent « ouvriers ».

Le rapport, malheureusement non daté mais produit sans doute quelques semaines après l’expulsion en juin 1880 des jésuites de leur local de la rue Dugommier, indique que sur les cinq cercles initiaux, il n’en reste plus que deux : le puissant cercle catholique dit du Chapeau-rouge et le cercle catholique d’ouvriers du Sacré-Cœur. Les trois autres ont été dissous et ils étaient tous des « cercles catholiques d’ouvriers », ce qui laisse entendre que l’emprise du clergé sur les travailleurs manuels nantais était puissante. Mais est-ce si sûr ?

Car, si l’on en croît le commissaire, les ouvriers, ou présentés comme tels, membres de ces cercles ne brillaient guère par leur enthousiasme militant. Ce sont les élites politiques royalistes et catholiques comme le conseiller municipal Epitalier de Lapeyrade, mobilisées pour « le renversement de la République au profit du cléricalisme et d’une restauration monarchique » qui étaient à la manœuvre, cherchant à « constituer une armée en vue d’une chouannerie sans cesse projetée et toujours ajournée ».

Les ouvriers ? Pour notre commissaire, ils étaient « des clients forcés » qui se croyaient « obligés d’être agréables à leurs patrons et tous, on peut l’affirmer, sont plutôt mus par l’idée de spéculation [par calcul] que par leurs opinions ». Il en veut pour preuve que le cercle catholique d’ouvriers du Sacré Cœur, installé rue des neuf-ponts, dans un arrondissement « profondément républicain », voit ses effectifs se réduire d’année en année.

Notre commissaire place ses espoirs dans « le développement nécessaire et prochain des chambres syndicales », qu’il qualifie de « cercles naturels (…) d’où l’élément réactionnaire sera absolument exclu ». Et il assigne aux syndicats ouvriers deux missions. La première est « l’étude de leurs intérêts ». La seconde, avouons-le, n’aurait guère déplu aux cercles catholiques : elle doit permettre aux ouvriers « d’échapper aux cabarets ». Cela nous rappelle que la « prophylaxie antialcoolique » ne connaissait pas les frontières idéologiques et d’ailleurs, nombre de syndicalistes feront leur ce combat : il faut sortir les ouvriers des « assommoirs » pour en faire des militants !

Sources :

Archives départementales de Loire-Atlantique (archives de la préfecture, surveillance des mouvements ouvriers – fonds en cours de reclassement).

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Article publié le 15 janvier 2025.

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