Saint-Nazaire, 11 avril 1950

Saint-Nazaire, 11 avril 1950 : une « marche »…à bicyclette

Le 12 avril 1950, Le Populaire titre : « Calmes mais décidés les Métallurgistes nazairiens ont effectué en nombre leur deuxième marche sur Nantes ». Au cri de « nos 3000 F », des centaines de manifestants, hommes et femmes, ont en effet parcouru les 60 kilomètres séparant les deux villes pour crier leur colère.

En 1933, ils avaient marché. Là, ils ont pris leurs bicyclettes. Depuis le 9 mars, les métallos ont engagé un bras-de-fer avec le patronat. Comme la loi votée le 11 février 1950 permet enfin la libre renégociation des conventions collectives, ils espèrent en finir avec le temps des vaches maigres… Mais le patronat n’en a cure : au nom de la compétitivité, pas question d’augmenter les salaires !

Pourtant le soutien à la grève est général. Militantes chrétiennes et communistes organisent des collectes et animent un comité fort d’une trentaine d’organisations, mobilisant « les autorités religieuses catholiques et protestantes, les personnalités politiques, les dirigeants syndicaux et les milieux associatifs les plus divers » ; ainsi le bureau de ce comité est présidé par le maire socialiste François Blancho, et comprend des représentants des démocrates-chrétiens, des socialistes et des communistes. La Fraternité protestante nazairienne, portée par le pasteur Georges Velten, est notamment fortement mobilisée. Paysans et commerçants sont également solidaires ainsi que nombre de mairies, même de droite, comme La Baule. Ce soutien populaire s’explique également par la décision des syndicats de taire leurs divergences et de partir unis dans la bagarre.

Le mouvement ne donne lieu à aucun débordement, tout juste note-t-on l’immolation de l’effigie de René Fould, le PDG des chantiers (1). Comme le printemps est agréable et que les ouvriers nazairiens disposent souvent d’un lopin de terre, on fait grève tout en préparant par ailleurs son potager…



Hélas, après 40 jours de grève sans résultat, les métallos réunis sur le terre-plein de Penhoët sont contraints de voter la reprise du travail.

 

De ce conflit, retenons deux choses. Tout d’abord, la propension des travailleurs nazairiens de la métallurgie à mener des combats de longue durée : les conflits de 1950, 1953, 1955, 1967 etc. ont tous duré plusieurs semaines. Enfin, si manifester à vélo est devenu depuis 1972 et les Amis de la Terre, un moyen de se faire voir et entendre, en 1950 c’était assez inhabituel (2).

(1) Celui-ci écarté de la direction par les mesures antisémites de Vichy a repris son poste à la Libération.

(2) En juillet 1936, des ouvriers du bâtiment, après un meeting à la Bourse du travail de Lyon, se rendent massivement à vélo devant l’hôtel de ville de Villeurbanne pour remercier la municipalité de son appui.

Yvon Gourhand.

Sources :

– Archives départementales de Loire-Atlantique (ADLA 44 161 W 177 – 182 – 187)

– Presse locale et nationale : L’Humanité, Le Populaire (Paris), Le Figaro, La Vie Ouvrière, L’Echo de la Presqu’île et l’Indépendant réunis, France Nouvelle, Le Populaire (Nantes).

– Eric Kocher-Marbœuf, « Les luttes des métallurgistes nazairiens depuis la Libération à l'épreuve des impératifs économiques », dans La vie littorale – Actes du 124e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Paris, CTHS, 2002, p. 361-362. [En ligne]

– « Topographie et caractères des conflits sociaux nazairiens au 20e siècle », dans Environnements portuaires, Anne-Lise Pietry, John Barzman et Eric Barré (dir.), Mont-Saint-Aignan, PU de Rouan et du Havre, 2003, p. 423-438.

ECOUTER LA VERSION AUDIO DE L'ARTICLE

Article publié le 1er juin 2024.

Retour vers la liste d'articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Mentions légales | Politique de confidentialité | Plan du site | Crédits
Retour en haut