Maine-et-Loire 1950, épisode de la guerre scolaire

Maine-et-Loire, 1950 : un épisode de la « guerre scolaire »

En avril 1950, le bulletin du diocèse de Quimper et Léon publie un article intitulé « Que ne ferait-on pas pour une seule conscience ? ». Il s’agit en l’occurrence de celle du jeune Breteaudeau, unique élève de l’école primaire publique du Longeron, une commune du Maine-et-Loire.

Cette situation irrite au plus haut point le maire de droite de la ville, l’industriel Pierre Mulliez : pourquoi maintenir coûte que coûte une école publique pour un seul élève alors que la commune propose déjà deux écoles… privées sur son territoire ? Tout cela coûte très cher à l’État, dit-il, et, comme le souligne la presse catholique, il est prêt à lui offrir une bicyclette, voire même à le voiturer jusqu’à l’école publique de Mortagne-sur-Sèvre, à dix kilomètres de là ! Rien n’y fait : les Breteaudeau tiennent à ce que leur progéniture soit scolarisée au Longeron même !

Excédé, le maire rend alors son écharpe tricolore au préfet et au sous-préfet, suivi en cela par des maires du canton de Montfaucon et par son conseiller général qui affirment bien fort : « Nous nous plaçons sur le terrain des économies à réaliser, et non sur un plan idéologique ». Est-ce si sûr ? Car, ne l’oublions pas, dans cette région traditionnellement catholique et conservatrice, le lobby de l’enseignement « libre » est très actif et l’état d’esprit « clérical » est loin d’être minoritaire.

Depuis la suppression des subventions publiques accordées par le régime de Vichy à l’enseignement confessionnel, la « guerre scolaire » a été ranimée dans l’Ouest par des évêques de combat, notamment celui de Luçon (Vendée), Mgr Cazaux, avec in fine une « grève de l’impôt » décidée en janvier 1950 justement à Angers. En dépit des protestations des organisations laïques, en particulier du principal syndicat enseignant du primaire, les lois Barangé et Marie seront votées en 1951, premières entorses à la politique de non-financement public de l’école privée.

Au Longeron, en dépit de l’obstination de quelques rares citoyens décidés à se battre pour le maintien d’une école publique en « milieu hostile », l’école publique disparaît dans les années 1950. Un demi-siècle plus tard, plus de 80 communes du Maine-et-Loire ne possédaient toujours pas d’école publique ; c’était le cas du Longeron, et de ses 2000 habitants.

Contribution d'Yvon Gourhand.

Sources :

– « Que ne ferait-on pas pour une seule conscience ? », La Semaine religieuse de Quimper & Léon, n°16 du 21 avril 1950, p. 234-235.

– Louise Cuneo, « Maine-et-Loire – Plus de 80 communes sont privées d'école publique », Le Point du 9 octobre 2012.

– Frédéric Le Moigne, « La défense scolaire », Les évêques français de Verdun à Vatican II, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 241-272.

– Guy Georges, La bataille de la laïcité 1944-2004. De la République « une et indivisible » au communautarisme, Paris, Sudel, 2008.

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Article publié le 1er mai 2025.

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