Nantes octobre 1966 : un adhérent nommé Lambert

Nantes, octobre 1966 : un adhérent nommé Lambert

Le vendredi 7 octobre 1966, la commission exécutive de la section de Nantes du Parti socialiste unifié se réunit au Café L’Armoricain. A l’ordre du jour : l’acceptation dans ses rangs d’un nouvel adhérent… Chose banale a priori, mais en réalité pas tant que cela.

Quatorze militants ont fait le déplacement sur les 18 que compte ladite commission. Sont également présents trois membres du bureau national « ainsi qu’une trentaine d’adhérents des diverses sections de Loire-Atlantique ».

Pourquoi une telle mobilisation ? Pourquoi, non pas un, mais trois dirigeants de premier plan ont rallié Nantes ce jour ?

La raison, la voici : celui qui, le 6 juillet 1966, a rempli sa demande d’adhésion et l’a envoyée au comité politique national, à Paris, n’est autre que Bernard Lambert, figure montante du syndicalisme paysan dont il incarne l’aile gauche. Sur le formulaire de demande d’adhésion rempli par Lambert, le secrétaire national Edouard Depreux, ancien ministre et député socialiste, a écrit ces mots : « Transmis avec avis très favorable du [comité politique national] à la fédération de la Loire-Atlantique et à la section de Nantes ». Les trois dirigeants ont fait le déplacement pour appuyer cette demande d’adhésion mais également pour désamorcer un éventuel conflit : l’examen d’une demande d’adhésion est du seul ressort de la section et ce n’est qu’en cas d’arbitrage qu’il peut être fait appel au comité politique national ; bref, Serge Mallet, Gilles Martinet et Marc Heurgon sont venus expliquer que « pour des questions électorales [les législatives doivent se tenir au printemps 1967], le [comité politique national] n’a pas voulu tarder à se prononcer », d’où cette entorse aux statuts.

Le compte-rendu de la réunion est frustrant. Il indique que Lambert a exposé les raisons l’amenant à demander son adhésion… mais sans indiquer lesquelles. Puis, avant le vote final et unanimement favorable, il a été questionné sur son rapport à la laïcité puisqu’entre 1958 et 1962, il était député démocrate-chrétien. Bien qu’il ne se soit pas opposé à la loi Debré de 1959 sur l’enseignement privé, Lambert affirme qu’il est favorable à la nationalisation de l’enseignement privé… et l’affaire en reste là.

Bernard Lambert est une belle prise de guerre pour le Parti socialiste unifié qui veut exister à gauche, entre le Parti communiste, hégémonique dans la classe ouvrière, et la SFIO qui s’est aliénée une partie de la jeunesse et des intellectuels en défendant l’Algérie française. Avoir Lambert dans ses rangs, c’est doter le parti d’un tribun et d’un leader syndical qui pèsent localement et régionalement, d’une personnalité capable d’arracher la jeunesse paysanne des mains de la droite et de lui faire comprendre que l’union ouvriers-paysans est à l’ordre du jour.

Sources :

Archives personnelles de Jean Guiffan (en cours de classement au CHT).

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Article publié le 15 janvier 2024.

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