Cormier, victime de ses « intempérances de langage »
Le 1er avril 1897, le commissaire spécial s’inquiète de la présence à Nantes d’un dénommé André Jules Cormier, ouvrier horloger et ex-taulard, qui se dit possesseur d’explosifs. Cet individu « très exalté », peut-être anarchiste, préparerait-t-il un mauvais coup pour la venue à Nantes du président de la République Félix Faure ?
Cormier est né à Saint-Sébastien-sur-Loire en juin 1861. Ouvrier horloger, il a été condamné à 6 mois de prison pour abus de confiance en juin 1896. Il est sans doute également mythomane puisqu’il a raconté s’être enfui à Bruxelles pour échapper à la prison mais la police belge l’aurait extradé et renvoyé à Nantes pour y purger sa peine. Plus grave, il prétend avoir fabriqué une bombe fonctionnant avec un mécanisme d’horlogerie.
Nous sommes en 1897. Il y a trois ans, le président Sadi Carnot a été assassiné par l’anarchiste Caserio, et le souvenir de Ravachol et d’Emile Henry hantent les mémoires. Il n’est pas question de laisser sans surveillance un homme susceptible d’attenter à la vie du président Félix Faure.
Sommé d’enquêter, le commissaire central s’exécute et son rapport du 5 avril – mais daté du 5 mars– a de quoi rassurer. André Jules Cormier est présenté comme un « habile ouvrier, sobre et très laborieux » avec un « caractère doux et rêveur ». C’est un grand lecteur qui « cause volontiers de chimie dont il croit avoir quelques connaissances ». La politique ne l’intéresse pas, il n’a aucune sympathie pour les anarchistes et la propagande par le fait et, d’ailleurs il s’est même proposé pour être « agent indicateur se supposant avoir des aptitudes toutes spéciales pour s’occuper de police ». Bref, cet homme est « incapable de commettre une mauvaise action ». S’il fut dénoncé comme anarchiste, c’est parce que « sous l’influence de la boisson, il se laisse aller à des intempérances de langage qu’il regrette ensuite ». Cormier ne semble pas jouir de la « plénitude de ses facultés intellectuelles ».
Il est alors à la merci des opportunistes toujours prêts à jouer les balances pour quelque sous. C’est le cas de Joseph Terrien, présenté par le commissaire central comme un « ex-agent d’affaires véreuses, ex-imprimeur failli, actuellement coiffeur » et déjà condamné pour escroquerie ; un Terrien qui vient de dénoncer comme anarchiste l’ouvrier mécanicien Hubert, qui loge au Café du centre tenu par les sœurs Labarre à la « moralité très suspecte » ; mais Hubert n’est pas plus anarchiste que Cormier, et le Café du centre n’est pas un repaire de séditieux. Terrien l’a dénoncé dans l’espoir de « gagner 100 francs ». Le prix de sa conscience, sans doute…
Source :
Archives départementales de Loire-Atlantique, 4 M 524 (rapports de police, avril 1897).
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Article publié le 1er mai 2024.
