1961 : un Procé en procès
Joseph Marion de Procé est fort mécontent de son fermier, Joseph Violain, installé sur ses terres du côté de Plessé. Ingénieur agronome de formation, ce propriétaire au caractère bien trempé aimerait bien que Violain cesse de cultiver comme jadis…
Depuis quelque temps, Marion de Procé pousse Violain à se moderniser, autrement dit à utiliser des engrais chimiques pour augmenter les rendements. Mais à 67 ans et après trois décennies sur l’exploitation, le fermier n’entend pas se lancer dans une telle aventure. Le propriétaire engage alors une procédure d’expulsion pour mauvaise exploitation et obtient gain de cause devant le tribunal de Saint-Nazaire en décembre 1960. Violain est prié de quitter les lieux au plus tard le 29 septembre 1961 et de s’acquitter des « réparations locatives » qui seront calculées par un expert après l’état des lieux. Considérant que cette décision est d’un « point de vue humain (…) un acte odieux qui sous le couvert de la légalité (…) ruine un exploitant », quatre cents paysans décident de prendre les onze tonnes de foin présents sur l’exploitation afin que le propriétaire ne s’en empare pas. Ils se les partagent, en paient le prix au fermier évincé, et se fendent d’un tract qu’ils distribuent à la sortie de la messe le 31 décembre.
Se sentant diffamé, Joseph Marion de Procé porte plainte contre les dirigeants syndicaux et le journal de la FDSEA Le Paysan nantais qui a reproduit le contenu du tract en question. 4000 paysans se rassemblent le jour du procès, mais la justice, là encore, donne raison au propriétaire. Nouvelle défaite donc pour les syndicats paysans, mais le plus important est ailleurs : les syndicalistes demandent alors à la FDSEA d’exclure Marion de Procé de ses rangs… car l’homme est par ailleurs le président de la section des propriétaires-bailleurs de la FDSEA ! Ils seront entendus : la section des propriétaires-bailleurs conviendra qu’il vaut mieux qu’elle change de président…
Que conclure de cette affaire ? Tout d’abord, la qualité d’ingénieur agronome de Marion de Procé nous rappelle que les hobereaux de la Loire-Atlantique furent longtemps les fers de lance de la modernisation des campagnes. Ensuite, cette querelle interne à la FDSEA confirme la perte d’influence des propriétaires (notamment des grands, et bien souvent de familles à particule) dans la conduite du syndicalisme agricole de la Loire-Atlantique. La déférence à l’égard des élites rurales traditionnelles n’est plus de saison…
Sources :
Archives CHT, Fonds FDSEA : FDSEA 227 (Dossier Marion de Procé) et FDSEA 352 – E 15 (dossier iconographique « Procès en diffamation, mars 1962 »).
René Bourrigaud, La fin du bloc agraire en Loire-Atlantique, Nantes, Université de Nantes, DEA de droit social, 1984, p. 76.
Le Paysan nantais, organe bimensuel d’informations agricoles de la Loire-Atlantique, n°388 (13/01/1962) et 395 (28/04/1962).
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Article publié le 1er décembre 2024.


