1976, se gausser des agriculteurs de pointe
Que n’a-t-on pas écrit sur le paysan ! Est-il ce taiseux qui n’en pense pas moins, ce plouc arriéré, avare et cupide, ennemi du progrès qui bouscule ses habitudes, ou encore ce besogneux qui, parce qu’enraciné dans une terre qui ne ment pas, porte en lui la vérité de la Nation ?
Le mot « paysan » est un mot fourre-tout qui désigne aussi bien celui qui gratte la terre pour en tirer un modeste revenu que le céréalier cossu, employeur de main-d’œuvre. Longtemps, dans une France massivement rurale et agricole, les élites politiques de tous bords développèrent toute une rhétorique susceptible de leur attirer les suffrages des culs-terreux, pécores et autres croquants.
Après la Seconde Guerre mondiale, le paysan a cédé la place à l’agriculteur moderniste, juché sur son tracteur, fier de nourrir le monde grâce aux engrais et aux produits phytosanitaires, à la sélection des meilleures races pour produire la meilleure viande et le meilleur lait… ou, du moins, le plus abondant. La révolution agricole est en marche, une marche inexorable que personne ne remet en question, même si des voix discordantes se font entendre, car les petits paysans disparaissent, incapable de suivre la marche du Progrès, la terre, maltraitée, s’appauvrit, et les agro-businessmen s’enrichissent plus que de raison…
Dans les années 1970, la gauche radicale honore le « paysan », figure de la résistance à l’agro-business, figure écologiste ennemie du productivisme et de la chimie, figure potentiellement révolutionnaire pouvant prendre la relève d’un prolétariat accablé, frappé de plein fouet par la désindustrialisation.
En janvier 1976, Vent d’Ouest, le journal mensuel des paysans-travailleurs, publie un « Hymne à la gloire des agriculteurs de pointe ». Dans ce poème sarcastique, l’auteur se gausse de leurs « têtes farcies de technique et de rentabilité », de leur mépris pour les pratiques passées, de leur individualisme et de leur vanité. Nous vous en laissons juge…
Vent d'Ouest, n°69, janvier 1976.
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Article publié le 1er juillet 2025.

