Limoges septembre 1895 : y aller ou pas

Limoges, septembre 1895 : y aller ou pas ?

A la fin du mois de septembre, les militants limougeauds s’apprêtent à accueillir des délégués ouvriers de toute la France pour ce qui restera dans l’histoire comme le congrès de fondation de la CGT. Les Nantais seront-ils de la partie ? La question fait débat…

En 1894, Nantes avait eu le privilège d’accueillir le congrès de la Fédération nationale des syndicats. Congrès houleux qui vît s’affronter les partisans de la grève générale, menés par un jeune avocat fougueux nommé Aristide Briand, à ceux qui ne voyaient pas en elle la panacée. Avouons-le, la courtoisie tint peu de place à cette occasion : on s’insulta, on se rendit coup pour coup, et finalement, les opposants à la grève générale préférèrent claquer la porte plutôt que d’assumer leur défaite.

En septembre 1895, à quinze jours du congrès suivant, les syndicalistes nantais se réunissent pour régler une question pratique : comment financer la participation de deux délégués au congrès de Limoges ? Ils espéraient un soutien municipal, mais pour la ville, pas question de financer des syndicats qui, au lieu de défendre les intérêts des travailleurs, font de la politique !

Ce 12 septembre, les syndicalistes revoient leur prétention à la baisse : seul un délégué fera le déplacement… à condition de trouver les 200 F indispensables à son séjour dans le Limousin. Or les caisses sont vides et les militants ne semblent pas décidés à délier leur bourse. Les 60 syndicats sollicités n’ont pour l’heure versé que 20 F à la caisse. Le camarade Tulève, secrétaire de la bourse, prévient : les ouvriers nantais seraient la risée de la France si, après avoir organisé le congrès de 1894, ils ne parvenaient à envoyer un des leurs à Limoges !

C’est alors que le métallo Henri Mariot s’emporte : « Nous ne voterons aucune somme pour un camarade qui va tout simplement se promener à nos dépens. » Parle-t-il d’expérience ? Se méfie-t-il de la dynamique de rassemblement en cours ? Est-ce un signe de localisme ou de corporatisme ? Le compte-rendu ne le dit pas.

En tout cas, Mariot met le feu à l’assemblée. Brouhaha, claquements de portes, puis Aristide Briand prend la parole, rappelle tout ce que le syndicalisme doit aux congrès et l’importance de la rencontre de Limoges qui doit unifier les organisations ouvrières, trop dispersées : « Le jour, dit-il, où il n’existera plus qu’un seul congrès de tous les travailleurs, où il y aura 1500 ou 2000 délégués, croyez-vous que le gouvernement ne prendra pas cela au sérieux ? Faites ce que font nos ennemis communs, groupez-vous dans vos syndicats et ensuite, en fédérations. Le jour où ils vous attaqueront, vous leur rendrez coup pour coup, et ce jour-là, vous serez les maîtres. »

Par 17 voix sur 21, c’est l’ouvrier forgeron Désiré Colombe qui est choisi pour représenter les syndicats nantais. Mais conscient que la délégation de pouvoir n’est pas entrée dans les mœurs, il exige d’être mandaté par ses pairs car, dit-il, « il ne veut avoir, à son retour, aucun reproche » !

Sources :

Compte-rendu de la réunion plénière des syndicats ouvriers nantais tenue le 12 septembre 1895 à la bourse du travail (UD CGT 5-18).

Le Bulletin officiel de la bourse du travail de Nantes n°26 (septembre 1895) ne fait pas état de cette altercation dans son compte-rendu.

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Article publié le 1er septembre 2025.

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