Nantes 1892-1893, des coiffeurs à couteaux tirés

Nantes, 1893-1894 : des coiffeurs à couteaux tirés

Le 3 février 1893, Ferdinand Chevalier, secrétaire du syndicat CGT des ouvriers coiffeurs de Nantes, claque la porte, furieux que certains aient mis en question sa probité. Il faut dire que ses pratiques ont de quoi irriter…

Les comptes rendus de réunions du syndicat, dont le registre ouvert en octobre 1890 est conservé au Centre d’histoire du travail, nous éclairent sur les conflits agitant ce modeste syndicat, à la fois outil de résistance et structure gérant une école de coiffure faisant concurrence à celle tenue par les patrons.

Ferdinand Chevalier en est un des piliers. Président du syndicat en 1890, il a démissionné « pour des considérations personnelles » en février 1891. En août, sollicité pour suppléer au départ de son successeur, il a refusé catégoriquement le poste, et en septembre, il est « reconnu comme démissionnaire »… Puis, en octobre, il réapparaît, reprend sa carte et surtout fait le procès de l’ancien président, accusé d’avoir poussé un élève de l’école syndicale de coiffure à rejoindre celle des patrons. C’est dans ces conditions qu’il redevient président du syndicat.

Et quel président ! En novembre 1892, la situation dégénère. Un syndiqué s’étonne que Chevalier engage le syndicat dans des dépenses sans en référer à qui que ce soit et au mépris des statuts. Chevalier s’emporte. Il ne « reconnaît à personne le droit de lui reprocher » ses décisions, et rédige la proposition de vote suivante : « Messieurs, je vous propose de me voter la liberté entière d’agir à ma guise et de disposer des fonds comme je l’entendrai, et cela sans que personne n’ait rien à y voir. Je réponds de mener tout à bien ». Rien que ça ! Pourtant, il l’emporte par 25 voix contre deux…

Succès de courte durée : en février 1893, il est de nouveau attaqué sur sa façon autocratique de fonctionner. On imagine l’empoignade sévère puisqu’elle le pousse à démissionner ! Et dans la foulée, il est radié.

Mais l’homme a de la ressource, des alliés et une expérience qui le rend incontournable aux yeux de beaucoup. Pour les syndiqués, seul Chevalier est capable de faire prospérer l’école de coiffure. Alors, en septembre 1893, ils votent sa réintégration, à l’unanimité moins deux voix, dont sans doute celle du président, M. Pellé, à qui Chevalier avait adressé peu de temps auparavant une lettre des plus insultantes. Il faut dire que c’est Pellé qui avait plaidé pour sa radiation pour défaut de paiement de ses cotisations. Ultime humiliation : les syndiqués décident dans la foulée de confier de nouveau la présidence à Chevalier ! Le vote ne se fait pas mais c’en est trop pour Pellé qui démissionne.

Chevalier occupera la présidence jusqu’en novembre 1894, date à laquelle il se retire mais cette fois-ci sans fracas. Quant à Pellé, on le retrouvera à la tête du syndicat un an plus tard à l’issue d’une nouvelle réunion de crise. Versatiles, les coiffeurs ? Il semble bien que oui…

Source

Cahier des procès-verbaux des réunions de la chambre des ouvriers coiffeurs de Nantes et statuts de l’école de coiffure nantaise « mixte », 1890-1913 (UD CGT 5)

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Article publié le 1er décembre 2025.

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