Nantes 1893, Corderie Loyant-Péan

Nantes 1893, Corderie Loyant-Péan : le temps c'est de l'argent !

Le 2 novembre 1892, une loi est adoptée, fixant le temps de travail à onze heures par jour au lieu de douze pour les enfants, filles mineures et femmes. Deux mois plus tard, les fileuses de la Corderie Loyant-Péan entrent en grève pour maintenir leur salaire…

Travailler moins et gagner moins : voilà ce qui est inacceptable pour ces femmes aux salaires déjà misérables. Depuis une dizaine de jours, elles demandaient à M. Loyant quelle serait la politique salariale de l’entreprise : maintiendrait-il les salaires ou les baisserait-il ? Le quinquagénaire, gendre du fondateur (M. Péan) et républicain modéré, tergiverse, à un point tel que la colère éclate le 16 janvier quand, recevant leur quinzaine, les ouvrières constatent que leur salaire a été amputé.

La position patronale est simple : le temps, c’est de l’argent. M. Loyant veut bien consentir à maintenir le niveau des salaires mais à condition de faire évoluer les pratiques en vigueur dans l’entreprise. Il veut que les ouvrières soient à leur poste de travail dès le tintement de la cloche, alors qu’aujourd’hui, elle n’entre à l’usine qu’au son de ladite cloche. Il veut qu’elles cessent de travailler quand la cloche retentit en fin de journée alors que la coutume veut jusqu’alors qu’elles se nettoient sur leur temps de travail effectif. Chaque minute compte, et Loyant entend bien minimiser les conséquences de l’application de la loi sur son taux de profit !

Les fileuses de chanvre tiennent bon. Elles sont une centaine dans une entreprise qui comprend 300 autres femmes (cardeuses, peigneuses, laveuses), petites mains payées aux pièces et non touchées par la loi. Elles tiennent car elles ont le soutien de la jeune Bourse du travail de Nantes qui les pousse à fonder un syndicat et les « excite », comme l’écrit la police, à continuer le combat pour obtenir notamment, outre l’application de la nouvelle loi sans diminution de salaire, la suppression complète des amendes. Car planent sur ces prolétaires l’ombre des punitions « qui sévissent, paraît-il, impitoyablement dans [cet] atelier », nous dit le journaliste du Petit Phare, acquis à la cause des grévistes, dont « les salaires actuels ne peuvent pas être abaissés car on ne peut pas condamner des travailleuses à la misère la plus noire ».

Le 22 janvier, M. Loyant accepte les revendications ouvrières, mais la grève se poursuit 24 heures de plus car la bourse a convaincu les fileuses de ne reprendre le travail qu’à la condition que leur patron consigne noir sur blanc son acte de reddition !

Dans le compte-rendu de la grève rédigé par le commissaire spécial, deux éléments semblent importants à retenir. À l’en croire, M. Loyant aurait cédé sous la pression du préfet de Loire-Inférieure. Ensuite, le policier redoute « l’influence regrettable que pourra exercer dans l’avenir la bourse du travail actuellement en voie d’organisation à Nantes ». Il ne croit pas si bien dire : le printemps 1893 sera particulièrement agité chez les dockers, comme chez les métallos ou les manœuvres…

Sources :

Archives départementales de Loire-Atlantique (10 M 32)

Archives municipales de Nantes (i2 c31 d1).

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Article publié le 1er mai 2023.

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