Rezé, 1972 : un « kidnapping » à la Cité technique !
Le 8 mai 1972, quatre ans après la célèbre manifestation qui lança le mouvement de mai-68 en Loire-Atlantique, un fait divers secoue la Cité technique de Rezé. Dans l’œil du viseur des lycéens et professeurs, une initiative audacieuse du proviseur…
Ce 8 mai 1972 à 13h30, le proviseur vient chercher un élève, l’entraîne dans son bureau, lui annonce qu’il est convoqué par la Police judiciaire à 14h et qu’il va lui-même l’emmener au commissariat dans son véhicule personnel. Il lui est reproché d’avoir été impliqué dans des dégradations commises à la mi-avril dans l’établissement. Il sera innocenté deux jours plus tard, mais l’affaire n’en reste pas là.
Le 12 mai, le « Comité spontané de soutien au lycéen bafoué et à tous ceux qui peuvent l’être » appelle les élèves à faire une grève de protestation d’une heure. Il accuse « le grand manitou du lycée » d’avoir ciblé cet élève « au hasard », de n’avoir pas prévenu ses parents, bref, d’avoir violé « absolument toutes les règles élémentaires de liberté individuelle ». Il a l’appui des professeurs réunis en assemblée qui « dénonce avec véhémence le procédé inqualifiable de la part d’un chef d’établissement scolaire dont le rôle devrait être d’assurer et faire assurer le respect des libertés individuelles » ; il faut dire qu’ils sont en conflit ouvert avec le proviseur depuis que ce dernier, par ailleurs syndiqué à la FEN, a supprimé sans discussion le service du repas de midi pour tous les enseignants, contre l’avis du recteur et de l’intendant.
Du côté syndical, l’unanimité règne également. Cependant, un courrier de la section syndicale du Syndicat national de l’enseignement technique et de l’apprentissage adressé au comité de défense des libertés de Loire-Atlantique laisse entendre qu’il y aurait des tensions entre organisations et, parfois, au sein même des organisations. L’auteur du courrier laisse entendre que le problème viendrait des « politiques », autrement dit des syndicalistes encartés dans les partis de gauche. Quant aux tensions, elles auraient pour origine la façon dont les mobilisations lycéennes sont perçues. Quatre ans après 1968, l’insubordination lycéenne avec ses chahuts irrévérencieux, ses happenings, son « gauchisme » et son langage parfois peu châtié ne fait pas l’unanimité.
Le 31 août 1972, le proviseur tire sa révérence. En poste depuis septembre 1968, il part à la retraite, « soulagé d’un grand poids » : « A mon arrivée, écrit-il dans un très court mot d’adieu, tout le monde convenait que dans l’éducation nationale, rien ne pouvait être plus comme avant. On a donc tout changé, mais qui soutiendrait que les fruits passent les promesses des fleurs de Mai ? », avant de lâcher un laconique « Je souhaite bien du plaisir à mon successeur ».
Hommage à Annick Bruneau (1929-2025), enseignante, militante syndicale et anti-nucléaire, donatrice d’archives au CHT. A l’époque des faits, avec son époux R. Jullien, elle travaillait à la Cité technique de Rezé, et fut l’un.e des acteurs.rices de ce conflit.
Sources :
Archives CHT, Fonds Annick Bruneau (BRUN 54).
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Article publié le 1er avril 2025.

