Fégréac remembrement

Fégréac 1951-1956 : le remembrement en question

Lorsque l’on évoque la modernisation de l’agriculture française après la Seconde Guerre mondiale, on parle engrais, mécanisation, politique agricole commune… au point d’en oublier l’importance du remembrement et de ses conséquences sociales et écologiques.

Par remembrement communal, il faut entendre le regroupement des parcelles de terre d’un même propriétaire en une ou plusieurs grandes parcelles – ce qui entraîne la suppression de clôtures, souvent des haies vives dans la région.

En 1918, une loi est votée pour encadrer ces opérations foncières particulières. Reposant sur une forme de consensus entre les propriétaires concernés, elle n’a pas les résultats attendus. En 1941, le régime de Vichy met en place une réglementation d’inspiration autoritaire, permettant à un petit nombre de propriétaires de solliciter un remembrement communal et au préfet de l’imposer à tous ; ce mécanisme-là lui survivra…

En Loire-Atlantique, la première commune soumise à cette opération est celle de Fégréac, près de Redon, dont le maire est le vicomte Jean du Dresnay. Nous sommes en 1951 et l’opération suscite une opposition massive de la population. Deux ans plus tard, le vicomte est battu lors des élections municipales par Louis Joneau, un opposant au remembrement. Les recours n’étant pas suspensifs, le préfet impose sa mise en œuvre. Les bulldozers peuvent ainsi détruire haies, talus et chemins creux, mais sous la protection de la gendarmerie et des CRS qui stationneront dans la commune jusqu’en 1956 !

Cette politique de rationalisation des espaces productifs agricoles a profondément bouleversé le monde paysan, et les querelles furent nombreuses entre les « pro », des jeunes agriculteurs modernistes, soutenus par l’Etat et les organisations professionnelles, et les « anti », souvent plus âgés, attachés à la propriété de la terre et moins séduits par les promesses du progrès. Mais il fallut attendre quelques décennies pour que chacun mesure l’ampleur des dégâts, pour la biodiversité, de cette politique de remembrement.

Réné Bourrigaud

A noter : la publication récente d’une bande dessinée sur le remembrement : Inès Léraud Inès et Pierre Van Hove Pierre, Champs de bataille – L’histoire enfouie du remembrement, La revue dessinée Delcourt, 2024, 192 p. La BD est une bon moyen d’aborder un sujet technique. En revanche, il ne facilite pas les nuances qu’il conviendrait d’apporter sur ce sujet complexe de la transformation de nos campagnes depuis un bon demi-siècle.

ECOUTER LA VERSION AUDIO DE L'ARTICLE

Article publié le 1er octobre 2025.

Retour vers la liste d'articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Mentions légales | Politique de confidentialité | Plan du site | Crédits
Retour en haut