Femmes au travail : s’affirmer par la lutte

Le mouvement ouvrier face au travail féminin

En septembre 1894, lors du 6e congrès national des syndicats de France, Charles Rossignol conclut par ses mots son rapport sur le travail salarié et les femmes  : « Nous concluons en demandant que dans notre société actuelle, à travail égal, la femme touche salaire égal, en attendant que la prochaine Révolution sociale la rende au foyer domestique d’où elle n’aurait jamais dû sortir. » Tout est dit en une phrase…De la fin du 19e siècle à nos jours, ce cours retrace plus d'un siècle de combats pour imposer la légitimité du travail féminin, contre vents et marées, y compris syndicaux.

Chantelle 1981 : la colère des petites mains

Chantelle est une société textile créée en 1876 par un ingénieur parisien, Auguste Gamichon, qui a mis au point une machine permettant de fabriquer un tricot élastique, produit alors très innovant. Il produit tout d’abord des bas à varices, ceintures et tricots, avant de diversifier sa production grâce à son neveu, Paul-Maurice Kretz, qui rejoint l’entreprise à la fin du 19e siècle. Chantelle occupe le secteur des gaines qui supplante les corsets trop rigides qui maltraitent les corps féminins, ce que dénoncent depuis longtemps nombre de médecins. En 1949, la famille Kretz qui a pris la direction de la société lance la marque « Chantelle ». Très vite, Chantelle se fait remarquer par une communication publicitaire audacieuse qui lui apporte de la notoriété, et ne se consacre bientôt plus qu’à la lingerie féminine. En 1962, elle implante sa première usine de confection à Epernay (Marne) qui produit ses premiers modèles de soutien-gorge. Le succès n’est pas immédiat mais le développement de la marque pousse la direction à créer deux nouvelles usines : la première voit le jour en 1966 à Saint-Herblain, dans une nouvelle zone industrielle (44) ; la seconde émerge en 1973 à Lanester.

Les OS du clavier se rebiffent : la grève des dactylocodeuses de l’INSEE (1980-1981). L’INSEE les avait recrutées au début des années 1970 car elles offraient toutes les garanties : elles étaient femmes, jeunes, dociles et destinées à le rester grâce à un management autoritaire et paternaliste. En 1980, les « petites mains » se révoltent et font entendre pour la première fois leurs voix de travailleuses et de femmes. 
 

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