Saint-Nazaire 1962, fievre des fondeurs

Saint-Nazaire, août 1962 : la fièvre des fondeurs

« Les marchands de chair humaine » : tel est le titre du tract diffusé le 23 août 1962 par le syndicat des métaux CGT de Saint-Nazaire. L’objet de leur colère ? La nouvelle méthode de production employée par le chantier de l’Atlantique dans l’atelier de pré-fabrication des tôles.

Pour éviter qu’elles rouillent, les tôles sont immédiatement peintes avec de la peinture au zinc. Problème : quand elles sont remises aux bons soins des soudeurs et découpeurs, ceux-ci respirent « des gaz nocifs produits par la combustion inévitable de la peinture de protection des tôles », d’où des « maux de tête très violents et des vomissements ».

La direction prend les choses à la légère : les ouvriers hollandais travaillent ainsi et ne se plaignent pas, dit-elle, et d’ailleurs toutes les études prouvent que les émanations ne sont pas toxiques ! Le médecin du travail du chantier de l’Atlantique est du même avis : soudeurs et découpeurs ne « risquent au maximum » qu’une « très forte fièvre pendant 24 heures » (la fameuse « fièvre des fondeurs ») mais il se dit prêt bien entendu à recevoir les ouvriers malades. Mais peut-il y en avoir ? Car dans une note de service de la direction du 14 septembre, on peut lire : « Si cependant certains ouvriers croyaient être incommodés à la suite de travaux sur peinture au zinc, ils devraient le signaler à leur chef. »

Lors d’une assemblée générale tenue le 13 septembre, les ouvriers décident de refuser de travailler les tôles peintes. Si l’on en croît le syndicat des métaux FO, ils vont au-delà de l’appel à un débrayage de 15 minutes par heure proposée par la CGT. FO ajoute qu’« il n’a pas été question pour eux de monnayer quoi que ce soit, leur mouvement n’avait pas pour but d‘obtenir une prime mais de préserver leur santé », ce qui peut laisser entendre que la question de la compensation financière à un tel désagrément ait pu être posée.

 

Face à cette mobilisation et à la ténacité des ouvriers, la direction décide au bout d’une semaine de suspendre le nouveau procédé de fabrication jusqu’à nouvel ordre…

Victoire donc qui prouve que l’action dans l’unité permet la victoire. Une anecdote en témoigne encore : à la même période, un sous-directeur tance un ouvrier parce qu’il siffle au travail ; « le lendemain, lors de sa visite dans ce même atelier, tous les ouvriers se mirent à siffler », ce qui poussa l’autoritaire sous-directeur à écourter son inspection (1).

(1) Anecdote racontée dans le Bulletin du syndiqué de novembre 1962 du syndicat des métallurgistes CGT de Saint-Nazaire.

Sources :

Archives CHT, Fonds Paul Malnoë (MAL 13).

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Article publié le 1er juillet 2024.

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