Nantes, septembre 1894 : vive la grève générale !
Il y a 130 ans, à Nantes, 143 militants ouvriers se retrouvent pour un congrès qui s’annonce houleux. Houleux, il le fut, et de plus, il fut historique.
Ce qui se joue à Nantes à la mi-septembre 1894 est d’une importance capitale et peut se résumer en une question : quel moyen employé pour s’affranchir du capitalisme et de la domination politique ?
Deux camps s’opposent. Le premier considère qu’il revient au parti de guider les masses sur les chemins de l’émancipation. Le second affirme qu’à l’insurrection armée vouée à l’échec (le souvenir de la Commune de Paris est dans toutes les têtes), il faut préférer la grève générale qui, en se déployant en mille endroits, rendra inopérante toute politique répressive gouvernementale ; surtout, voter pour la grève générale, c’est affirmer haut et fort que les syndicats n’ont pas besoin d’une tutelle politique pour faire la Révolution !
Les socialistes du Parti ouvrier français (appelés « guesdistes » du nom de leur leader, Jules Guesde) incarnent le premier camp, et ils sont en mauvaise posture parce que les syndicats qu’ils pensaient contrôler les ont trahis. Ce sont en effet les syndicats membres de la Fédération nationale des syndicats (FNS), sur laquelle les guesdistes avaient la main jusque-là, qui ont décidé majoritairement de faire de Nantes non le congrès de la FNS mais le congrès unique de tous les syndicats, unions, fédérations et bourses du travail. Et comment peuvent-ils oublier que c’est un ancien compagnon de route, le jeune avocat nazairien Aristide Briand, qui doit leur porter l’estocade ?
Alors ils tentent de retarder le moment où les congressistes seront appelés à se prononcer pour ou contre la grève générale. On se bat au sujet des mandats de délégués : un délégué doit-il avoir autant de voix qu’il détient de mandats ? Par souci d’apaisement, il est répondu que non, ce qui est une victoire pour les guesdistes… mais de courte durée : lorsque se clôt le débat sur la grève générale, ses partisans l’emportent très largement. Les guesdistes, furieux, vont alors utiliser un incident mineur (l’arrachage d’une affiche) pour claquer la porte. Qui a arraché l’affiche ? Le sulfureux Letessier, un fort-en-gueule dont on découvrira un an plus tard qu’il travaillait pour la maréchaussée…
L’année suivante, à Limoges, un nouveau congrès unique se tient, duquel naît une nouvelle organisation : la Confédération générale du travail. De leur côté, les guesdistes tentent de maintenir en vie la Fédération nationale des syndicats. Peine perdue, la dynamique sociale se trouve du côté de cette jeune CGT dans laquelle l’élément syndicaliste-révolutionnaire tient le haut du pavé. La FNS s’éteint à la fin du siècle dans l’indifférence générale…
Sources :
– Bulletin officiel de la Bourse du travail de Nantes, septembre 1894.
ECOUTER LA VERSION AUDIO DE L'ARTICLE
Article publié le 1er septembre 2024.

