Nantes, 1908 : la CGT face à Viviani le renégat
En juillet 1908, Nantes accueille le ministre du Travail René Viviani. Ami de Jaurès et Millerand, Viviani est un « socialiste indépendant », autrement dit, pour beaucoup, un renégat, exclu de la SFIO pour avoir accepté de rejoindre un gouvernement dirigé par le radical Georges Clemenceau. De quoi semer le trouble à la Bourse du travail de Nantes.
Ancien ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau aimait à s’appeler le « premier flic de France ». Mais pour la CGT, il est avant tout un « briseur de grève », envoyant ses roussins, vaches et autres cognes frapper l’ouvrier en colère et le syndicaliste révolutionnaire. Alors, que des socialistes comme René Viviani et Aristide Briand, l’ancien bras droit de Fernand Pelloutier, acceptent de participer à un gouvernement dirigé par un tel massacreur, ça ne passe pas dans les milieux syndicaux. Ces politiciens, opportunistes ou arrivistes, ne méritent que le mépris.
Alors, quand des syndicalistes apprennent que des responsables de la bourse ont participé au banquet organisé par la mairie en l’honneur du ministre, leur sang ne fait qu’un tour. Le 22 juillet, lors du comité général de la bourse, le syndicat des maçons propose un vote pour retirer la confiance aux administrateurs. Joseph Blanchard, visé, se défend : Viviani a été invité par le syndicat des typographes de la CGT ; c’est donc en toute logique qu’il a participé à la réception organisée par le syndicat et, dans la foulée, à celle de la municipalité. Il admet cependant qu’il aurait dû demander l’avis du comité général avant de prendre une décision dont il ne pouvait ignorer qu’elle ferait polémique.
A la fin d’une discussion animée, le syndicat des métaux propose alors un vote de compromis : les administrateurs seront juste blâmés et devront à l’avenir être mandatés par le comité général pour se rendre à de tels rendez-vous. Finalement on passe au vote et la proposition des métaux est repoussé d’une voix ; cependant 13 syndicats se sont abstenus et 23 n’ont pas pris part à la consultation. Un résultat qui ne rassure ni les uns ni les autres.
La question refait surface à la réunion suivante, le 18 août, sous la forme d’un nouvel ordre du jour. En quelques lignes, on ne flétrit plus les administrateurs et leur prise d’initiative controversée, mais le « sinistre trio Clemenceau, Briand, Viviani », la justice de classe et la « presse reptilienne » ; et on assure les syndicalistes emprisonnés pour faits de grève de la solidarité la plus complète de la CGT nantaise. Souvent, les controverses s’oublient dans des déclarations d’intention…
Sources :
Procès-verbaux des réunions du Comité général de la bourse du travail de Nantes (CHT, UD CGT 44 5-17).
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Article publié le 1er mars 2026.

