Manufacture des tabacs, décembre 1936 : l'ombre des grèves de juin
Le 22 décembre 1936, les ouvriers et ouvrières de la Manufacture des tabacs de Nantes font la grève sur le tas, solidaires de deux délégués syndicaux mis à pied. Mais qu’ont-ils donc fait ?
Un rapport de la direction locale à sa tutelle parisienne nous en dit plus sur cette affaire. Le 16 décembre, Bourderie, chef de section, signale au directeur l’absence de quelques tonneliers. Le directeur se rend sur place et remarque également l’absence d’ouvriers affectés à l’emballage des cigares scaferlatis ; ces derniers écopent d’une heure de retenue sur salaire. A la débauche, alors qu’il approche de son domicile, Bourderie est insulté par plusieurs dizaines d’ouvriers qui le traitent de mouchard et le menace de représailles. Parmi eux, les délégués Conan et Semelin. Les deux syndicalistes sont alors convoqués et leur renvoi est envisagé car la direction entend restaurer l’autorité des chefs de section.
Le rapport du commissaire central apporte un complément d’informations. Tout d’abord, le retard au labeur de ces ouvriers ne fut que de 5 minutes, et la cause en était fort simple : le syndicat venait de finir une réunion dont l’objet était de désigner les délégués d’atelier comme le permet désormais la loi. On comprend aisément la colère des ouvriers et leur désir de voir Bourderie être renvoyé ou déplacé car, affirment-ils, il est « toujours à l’origine des conflits ». D’ailleurs, il avait déjà été pris à partie en février 1936 et la fédération était intervenue, jurant, pour éviter les sanctions, que cela ne se reproduirait plus…
Le 23 décembre, la réunion provoquée par le syndicat rassemble 750 personnes. La déléguée, Mme Clerc, raconte son entretien avec la direction nationale. Celle-ci refuse de désavouer Ferrières, le directeur nantais, et exige la reprise du travail sans conditions. Cette fermeté ne surprend guère Pinoteau, un ancien secrétaire, qui pointe les brimades et provocations faites par le directeur depuis sa prise de fonction et, ajoute-t-il, « principalement depuis quelques mois ».
Le jour de Noël, après l’intervention du ministre des Finances, Vincent Auriol, toutes les sanctions sont levées, permettant ainsi la reprise du travail. Décision sage, saluée par Le Populaire de Nantes, journal de centre-gauche, défenseur du dialogue social : « C'est là une nouvelle qui ne manquera pas de causer une vive satisfaction dans les milieux syndicaux, tous désireux que l'expérience du Front populaire se poursuive dans les meilleures conditions d'ordre et de discipline. »
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Source :
Archives départementales de Loire-Atlantique (10 M 60)
Presse : Le Populaire de Nantes.
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Article publié le 1er mai 2026.


