En décembre 1932, Raspoutine fait parler de lui. Le cinéaste allemand Adolf Trotz vient de consacrer un film à ce célèbre pope aux mœurs dissolues, et c’est l’affiche qui met dans l’embarras les autorités…
Nantes et Saint-Nazaire, 1932 : Raspoutine et les bonnes moeurs
Début octobre 1932, la commission de moralité de l’association catholique des chefs de famille du diocèse de Nantes interpellent le maire de Nantes. Et ce n’est pas la première fois. Cette association revendique ainsi la paternité de l’arrêté municipal du 6 décembre 1929 visant à proscrire l’affichage sur la voie publique d’images ou d’affiches licencieuses ou pornographiques. Elle ne doute donc pas que le maire interdira les affiches de ce biopic où des femmes peu vêtues entourent le pope charismatique et démoniaque ; une affiche qui n’a qu’un seul but, dit-elle : « attirer le public par la plus grossière sensualité ». Il revient donc au maire, Léopold Cassegrain, d’assurer « la propreté morale » des rues de Nantes. Il se tourne alors vers le commissaire central qui lui répond que depuis 1929, il a fait disparaître nombre d’affiches portant atteinte à la morale ou « pouvant simplement donner lieu à critique », mais justifie son inaction actuelle par le fait que ni les agents ni le public n’ont semblé offusqué par l’affiche en question.
Il en est de même pour le commissaire de police de Saint-Nazaire deux mois plus tard. Des plaintes ont afflué sur son bureau et « l’honorable magistrat » nous dit la presse est allé voir de visu ce qu’il en retournait. Et il fut « fort embarrassé » selon Le Phare car « il avait visité nombre de musées, d'expositions de peinture, où il avait admiré des nus autrement audacieux et où avec lui les avait admirés nombre d'autres personnes notamment des jeunes filles qui n'en rougissaient nullement. Il avait même trouvé sur des places publiques des villes où il avait exercé ses fonctions, des statues ne cachant rien d'une anatomie qui de nos jours n'est un secret pour personne. » Et comme son collègue nantais, il questionna les badauds et ceux-ci furent de son avis : l’affiche n’était en rien choquante.
Affaire classée ? Non, puisque le commissaire de police ordonna cependant au directeur du cinéma Le Caméo, fort mécontent, de retirer l’affiche polémique de sa devanture…
Il est à noter que Le travailleur de l’Ouest, journal syndical et politique, ne s’emparera pas de cette affaire pour s’en prendre aux puritains. Un petit article, non signé, nous informera juste que le rédacteur ne fut guère emballé par ce biopic malgré la performance remarquée de l’acteur principal, Conrad Veidt ; un acteur qui, dès l’année suivante, s’exilera pour échapper au nazisme.
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Source :
Archives municipales de Nantes (I2C28D14)
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Article publié le 1er avril 2026.


